
L'équipe de Brigitte Kieffer au Laboratoire des récepteurs et protéines membranaires du CNRS, à l'Ecole supérieure de biotechnologie de Strasbourg, vient de montrer que le récepteur opioïde µ constitue une cible majeure de l'action inhibitrice de la morphine sur le système immunitaire. Or, de précédentes études réalisées par la même équipe avaient mis en évidence le rôle de ce même récepteur dans l'action analgésique de la morphine, ainsi que dans sa capacité à induire une pharmacodépendance forte. Ces résultats impliquent donc que les susbtances thérapeutiques ayant pour cible le récepteur opioïde µ mises au point pour traiter la douleur ou la dépendance aux drogues opiacées agissent aussi, immanquablement, sur les réponses immunitaires de l'organisme.
La morphine, substance dérivée de l'opium, et les autres molécules de la même famille, connues sous le nom d'opiacées, ont de puissants effets analgésiques et sont aussi des drogues créant une forte dépendance. On sait aussi qu'elles ont une action néfaste, inhibitrice, sur les réponses immunitaires. Des études pharmacologiques avaient suggéré que cette action inhibitrice des opiacées, notamment de la morphine, sur l'immunité était relayée par plusieurs récepteurs opioïdes. Récemment, trois gènes codant les récepteurs opioïdes µ, delta et kappa ont été clonés, et le rôle du récepteur µ (Mu opioid receptor - MOR) mis en évidence dans l'analgésie et la dépendance à la morphine, notamment par l'équipe de Brigitte Kieffer au Laboratoire des récepteurs et protéines membranaires du CNRS, à l'Ecole supérieure de biotechnologie de Strasbourg. La même équipe vient de démontrer que MOR joue aussi un rôle essentiel dans l'action immunosuppressive de la morphine.
Pour mener ces recherches, les chercheurs ont comparé les réponses immunitaires de souris atteintes d'un dysfonctionnement du gène codant MOR, et ne possédant donc pas de récepteurs opioïdes µ, à celles de souris normales. En l'absence de drogue, les deux lignées de souris ne présentaient pas de différences dans le fonctionnement de leur système immunitaire. En revanche, l'administration chronique de morphine provoquait l'atrophie des organes lymphoïdes, diminuait le nombre de cellules CD4+ CD8+ dans le thymus et réduisait fortement l'activité des cellules tueuses chez les souris normales. Aucun de ces effets n'était observé chez les souris déficientes en MOR. Ces résultats montrent que le récepteur opioïde µ constitue une cible majeure de l'action de la morphine sur le système immunitaire.
Ces travaux et les précédents
démontrent qu'un même récepteur est responsable à
la fois des principaux effets souhaités et des effets secondaires
néfastes de la morphine in vivo. Cette conclusion a d'importantes
implications pour la mise au point de stratégies appropriées
pour traiter la douleur ou la dépendance aux drogues opiacées.
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